Un bisou de poisson rouge / Cécile Rossard

Un bisou de poisson rouge / Cécile Rossard
Diabase, 2006, 61 p.

# Récit

Présentation

En rentrant de l’école, une adolescente apprend la maladie grave de sa maman. Après un moment d’incompréhension et de colère, on suit la vie de cette collégienne avec un père et une sœur qui tentent d’apporter du réconfort à cette personne aimée qui vit avec eux. Le quotidien est bouleversé par cet événement et la dégradation physique inexorable de cette femme. 

Alors qu’elle vit comme une adolescente du début des années 90 avec les chansons d’Higelin, Téléphone, elle « doit porter sa maman », comme elle dit, position qu’elle estime ne pas devoir revenir à une fille de son âge. Les occasions de s’enthousiasmer deviennent rares. Un pique-nique dans la chambre est organisé et devient une cérémonie inoubliable pour elle. Elle tente d’évincer ce mal rampant, elle essaie de croire qu’une guérison reste possible. Mais rien n’y fait… le lecteur sait déjà comment tout cela se terminera. Elle reçoit un dernier bisou, qui va l’aider à surmonter la perte de cet être cher, sa maman.

Dans ce court récit, constitué de chapitres condensés et agrémentés des dessins de Bonnie Colin, l’auteur, d’origine nantaise, raconte comment une adolescente de quinze ans peut vivre un événement comme la maladie d’une mère. Jamais larmoyant, ce livre, à l’image d’une vie au quotidien, alterne les passages tristement réalistes et les épisodes plus joyeux, au plus proche des sentiments et des sensations de cette adolescente, qui tente d’exorciser sa douleur en la mettant par écrit. 

Un beau roman, intime, touchant, à l’écriture sobre et poétique. 


Par Isabelle Lafont, infirmière, COMPAS

Extrait

A la maison, il y avait quelques soirs comme ça. Ce genre de soirées avec les élections ou un grand match à la télé. Dans ces occasions, et seulement dans ces occasions, nous sortions les plateaux, nous asseyions par terre ou sur les canapés. Ce genre de pique-nique, que les enfants, un peu excités, aiment raconter.

Et puis, il y a eu ce mercredi. Ce pique-nique-là, c’est sûr, il restera gravé. Pourtant, ni Mitterrand, ni foot à la télé. Les plateaux, c’est dans la chambre des parents que nous les avons montés. Lieu incongru pour un repas non moins ordinaire. Elle, allongée. Nous trois, assis sur le lit. Un brin de tension nous serrait le gosier, nous avons réussi à manger. Je crois même que Papa a blagué, et que nous avons ri. L’important pour ce dernier épisode, nous le savions, c’était d’être tous les quatre, réunis. Parce que ce programme-là, il ne fallait pas le louper, il ne serait jamais rediffusé. Il y a des pique-niques comme ça, que l’on n’oublie pas.