Son odeur après la pluie / Cédric Sapin-Defour

Son odeur après la pluie / Cédric Sapin-Defour
Stock, 2023, 288 p.

# Fiction

Présentation

C’est une histoire d’amour, de vie et de mort entre un homme et son bouvier bernois, Ubac, qui, en même temps qu’il grandit, prend une place toujours plus centrale dans le quotidien du narrateur. Certaines pages, Ubac pue le chien, les suivantes, on oublie qu’il en est un, et l’on observe ces deux êtres s’aimant, tout simplement. Un lien mystérieux qui, se passant de mots, nous tient en haleine. Une existence inquiète et rieuse, intense, où tout va plus vite et qu’il s’agit de retenir. Et l’inéluctable séparation dont on ne voudrait pas mais qui lui donne toute sa substance. Reste ce fichu manque. Ces griffes que l’on croit entendre sur le plancher et cette odeur, malgré la pluie, à jamais disparue. Nul besoin d’être converti pour partager ces treize années d’intimité. Cette histoire est universelle.

Très beau récit autobiographique, délicat et émouvant, qui décrit nos sensibilités perdues, avec une prose singulière (recherches fréquentes dans le dictionnaire). Belles pages sur les grands espaces alpins, le règne animal ainsi que sur le deuil. « Il faut pleurer me disait ma grand-mère, les larmes du dedans font autrement plus mal et pourrissent les os. »

Pour les amateurs de bandes dessinées, le roman de Cédric Sapin-Defour a été adapté en album par José-Luis Munuera (Le Lombard, 2025, 136 p.)

Par Philippe, bénévole d’accompagnement

Extrait

Les vétérinaires sont des êtres supérieurs. … Ils opèrent un ligament croisé à 8 heures, une tumeur intestinale à 9, aident à une mise bas à 10, détectent un insondable parasite à 11, soignent un glaucome à 12 et sauvent entre-temps un écrasé, les pattes à angle droit, hurlant et gouttant de sang. L’après-midi sera semblable en ce qu’elle ne ressemblera en rien au matin et demain encore. Ils sont spécialistes de tout, font chacun ce qu’une cohorte de dix médecins peinerait à honorer, au milieu de patients infoutus de dire où ils ont mal. Ils baladent leurs compétences scintillantes au travers d’un joli désordre qui miaule, aboie, pue, chante, crie et jamais ne remercie. Le soir ils saluent leurs aides vétérinaires, montent dans leur voiture qui n’est pas grosse, qui n’est pas noire et qui n’a pas sa place réservée au professeur trucmuche et ils rentrent chez eux le plus à la campagne possible. Demain leurs patients muets seront à nouveau là, alors il faudra remettre sur le métier cette curiosité humble et diverse, ce qui ressemble à l’intelligence même.